Qu’est-ce que le zellige ?
Mis à jour le 4 octobre 2026
Le zellige — on écrit aussi zellij — est une mosaïque faite de petites pièces de terre cuite émaillée, taillées une à une à la main puis assemblées en motifs géométriques. Il habille murs, fontaines et sols partout au Maroc, et a fleuri autrefois d’al-Andalus à l’Algérie et à la Tunisie.
D’où vient le mot
Le mot vient de l’arabe zalaja, « glisser », en écho à la surface lisse et émaillée des carreaux. L’espagnol et le portugais azulejo viendraient de la même racine.
Une brève histoire
- Xe–XIe siècle. Les mosaïques de céramique émaillée apparaissent dans l’Occident musulman, sans doute inspirées des mosaïques byzantines. On en connaît des fragments anciens à al-Mansuriyya, dans l’actuelle Tunisie, et à la Kalâa des Béni Hammad en Algérie, avec des carreaux en étoile à huit branches.
- XIIe siècle. Sous les Almohades, des bandeaux de céramique verte et blanche ornent les minarets de Marrakech.
- XIVe siècle. L’âge d’or. Les Mérinides à Fès et les Nasrides à Grenade réalisent des panneaux complexes ; l’Alhambra utilise des pièces de quelques millimètres, jusqu’à former des inscriptions. Le bleu, le vert et le jaune rejoignent le blanc et les tons sombres d’origine.
- XVIe siècle et après. Les Saadiens couvrent de zellige les tombeaux et médersas de Marrakech. Le Maroc perpétue le savoir-faire sans interruption, tandis que l’Espagne passe aux carreaux moulés et que la Tunisie et l’Algérie se tournent surtout vers les carreaux peints.
Comment il est fabriqué
- L’argile — à Fès, une argile grise de la région — est façonnée en carrés d’une dizaine de centimètres, puis cuite.
- Les carrés sont émaillés d’une seule couleur et cuits une seconde fois.
- Un tailleur, à l’œil, découpe chaque carré en formes précises (étoiles, croix, amandes) avec un petit marteau tranchant.
- Les pièces sont posées face contre le sol, en dessinant le motif à l’envers.
- On coule du mortier ou du plâtre au dos. Une fois pris, le panneau est soulevé, retourné et fixé au mur : le motif n’apparaît qu’à la fin.
Les couleurs
Le zellige le plus ancien joue sur le blanc et le brun foncé ou le noir. Le bleu, le vert et le jaune miel se répandent au XIVe siècle, le rouge arrive plus tard. Comme chaque pièce est émaillée et cuite à la main, sa teinte varie légèrement : c’est cette irrégularité qui donne au zellige son chatoiement.
La géométrie
Les motifs du zellige sont des pavages : des formes qui couvrent une surface sans laisser de vide. Ils naissent de polygones réguliers et de polygones étoilés — étoiles à 8 branches (le khatim), rosaces à 12 ou 16 pointes — reliés par des croix, des hexagones, des octogones et des entrelacs sans fin. Un petit jeu de formes, répété et pivoté, donne des compositions qui semblent n’avoir ni début ni fin. Ces pavages ont d’ailleurs fasciné l’artiste néerlandais M. C. Escher.
Où le voir
- La médersa Bou Inania, à Fès (XIVe siècle)
- L’Alhambra, à Grenade (XIVe siècle)
- La médersa Ben Youssef et les tombeaux saadiens, à Marrakech (XVIe siècle)
- La mosquée Hassan II, à Casablanca (XXe siècle, motifs traditionnels)
Le zellige aujourd’hui
Fès reste le principal centre de production. Les maîtres artisans — les maâlem — transmettent le métier par un long apprentissage : il faut souvent une dizaine d’années pour qu’un tailleur devienne maître. Le zellige décore aujourd’hui aussi cuisines, salles de bains et hôtels bien au-delà du Maghreb.
Des carreaux au jeu
ZELLIJ · Mosaic Drop transforme cette idée en puzzle : chaque chaîne de gemmes que tu fais éclater remplit un cadre de zellige, et chaque cadre complété ajoute un motif — un khatim à 8 branches, une rosace à 16 pointes, un entrelacs de Fès — à ton album du patrimoine.
ZELLIJ sur Google Play Découvrir le jeuSources : Wikipédia — Zellige, Wikipedia (EN) — Zellij, et présentations du métier par des musées et ateliers.